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Nommé jeune commandant à la 52e Compagnie d’intervention à l’Hôtel de Police du 13e arrondissement, place d’italie. Ce qui est bien dans la hiérarchie, où l’ancienneté joue pourtant un rôle important, à chaque échelon nouvellement franchi, on redevient jeune dans sa nouvelle situation ; ce qui ne préserve pas des rides sur le front. Mais à nouveau, on se retrouve avec des collaborateurs inconnus, même si parfois on retrouve quelques têtes déjà vues dans les services précédents. Heureusement,
il y a toujours en place des gradés qui ne demandent qu’à vous aider au départ,
autant que vous sachiez solliciter leurs connaissances.
A peine en place à la 52e, j’eus à intervenir pour une manifestation de cyclistes
écolos sur les Champs-elysées. Ces manifestants sont à coup sûr des gêneurs. Ils
occupent la voie publique, interrompent la circulation, opposent la force d’inertie,
mais ne sont jamais violents, ils ne cassent pas les vitrines ni ne brûlent les voitures. Il s’agit, pour nous, de les canaliser et les diriger vers des endroits où ils gêneront le
moins possible les autres usagers des rues.
Pourtant, dans toute démonstration publique, il n’est jamais impossible que les
habituels trublions s’invitent pour en découdre avec le service d’ordre, même lorsqu’ils
sont jugés indésirables par les organisateurs de la manif. Ce fut le cas ce jour-là. Sur les Champs, près de l’etoile, avec ma compagnie, je canalisai un groupe
important de cyclistes lorsque, de l’autre côté de la place, des casseurs commencèrent
à s’en prendre au service d’ordre. Les transmetteurs radio m’en avisèrent et je pris
place dans le car de commandement quand le chauffeur démarra brusquement, fonçant
sur les écolos qui l’évitèrent de justesse, abandonnant leurs bicyclettes. Je n’eus
pas le temps de dire un mot, qu’une dizaine de vélos étaient écrasés. Ce fut miracle
qu’il n’y eut aucun blessé. et il y avait hommes, femmes et enfants. Je lui ordonnai
d’arrêter. Peu avant, un message avait été émis par la formation prise à partie et demandant
du renfort, le chauffeur me précise : « ils ont dit : traversez la place “par tous
les moyens” ! », ce qui, croyait-il, justifiait sa conduite.
Je lui rappelai qu’il était à mes ordres, et j’eus beaucoup de mal à lui expliquer
que rien ne pouvait l’autoriser à prendre de tels risques. Je me demande aujourd’hui
encore s’il a vraiment admis mes objections.
La manif terminée les écolos faisaient la queue au commissariat de la rue de
Berry pour déposer leurs plaintes. En rentrant à l’Hôtel 13e, je consultais le dossier de mon cow-boy et j’y lus, sans
surprise, un sérieux passé alcoolique. Comment pouvait-on encore confier un véhicule
collectif à un tel conducteur ? On ne l’a jamais revu à la 52e ! |
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